JEAN
1ère partie
la bataille de la Marne
Jean en 1914 Après bien des années, Jean racontait, racontait, pendant des heures, avec force détails, sa guerre. Jean, le fils de Jean a eu la bonne idée de recueillir son histoire.
Cela faisait un an que la famille avait quitté la Paillotière au portes de La Bruffière en Vendée pour une ferme plus grande, au Chatelier sur Boussay, non loin de Clisson. Sur les hauteurs du village, on apercevait de l'autre coté du vallon, le bourg de Torfou et son église toute blanche.
Pour les curieux voir
NOTES
Et il y faisait bon vivre. Entouré de ses parents et de ses 6 frères et soeurs (voir
NOTES) , Jean avait 21 ans. A cette époque, il travaillait dans un village voisin, chez les Baron à la Morinière.
Le 10 octobre 1913, service militaire à Ancenis, caserne Rohan :
Jean a raconté dans le détail son arrivée à Ancenis, caserne Rohan (voir
NOTES)
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| source :histoire de Groix |
Jean père a raconté à Jean fils:
Il racontait aussi que le 2 août, quand le tocsin a sonné, il était tranquillement occupé à faire sa lessive dans la Loire...
Le 2 Aout, le 64ème RI évacue la caserne Rohan et va cantonner en ville afin de faire place au 264ème de réserve.
Il n'y avait là presque que des gars de la région: Loire inférieure et Vendée. Le 65ème était à Nantes, le 93ème à la Roche sur Yon, le 137ème à Fontenay le comte. 15 gars de Boussay "MORTS POUR LA FRANCE" étaient dans le 64ème. (voir liste
NOTES2)
une section du 64ème R.I. à Ancenis en 1914
archives familiales - Jean : à droite sur la photoD'autres visages du 64ème:
NOTES3
Jean est affecté au 3ème bataillon, 11ème compagnie, Capitaine Chalumeau, avec 240 hommes.
Le 5 août 1914 le 3ème bataillon prend le train en gare d'Ancenis destination Reims à 11 h 09.
"2è élément : départ Ancenis à 11h09 3ème bataillon"
"2è élément : arrivée à Grandpré à 20h30"
Jean arrive à Grand pré, non loin de la Belgique.à 20 h 30, le 6.
Jean racontait:
Le 9 août : ordre est donné de prendre les positions à Mouzon à 45 kms au nord. Puis Osnes, et Carignan,13 kms, le 15; au portes de la Belgique.
Le dimanche 16 août, départ pour Sedan à 21 kms.
Le 19 août, direction Corbion en Belgique, à 17 kms. Puis, Roche-haut, 9 kms, le 20. Our, le 22, à 20 kms, toujours plus au nord.
C'est la" bataille des frontières", où" la combativité remarquable des troupes du 11e corps, composé de régiments bretons et vendéens." s'est illustrée. Voir: la bataille à Maissin.
Jean était là.
A Our, Les 1er et 3ème bataillon sont en première ligne. Lutte acharnée pour le petit bois du Bolet
voir : la 21 DI
On suivra la suite des événements sur
NOTES4
Jean était peut-être assez éloigné. Il ne dit pas grand chose:
Pourtant ce n'était pas qu'une simple escarmouche, quand on lit:
Les 2 bataillons sont : le 1er et le 3ème, celui de Jean.
Charles Thomas du 337ème RI n'était pas loin. Il raconte avec beaucoup de détails:
le carnet oublie
Le 11e corps d'armée français bat en retraite le 23 août, abandonnant sur le champ de bataille les morts et les blessés intransportables. |
| "La grande retraite" Le panorama de la guerre de 1914 |
Jean, fils de Jean a écrit un texte très émouvant sur cette Grande retraite. Il faut le lire ici :
la Grande Retraite
Le 64ème se replie sur la France au sud de Sedan, à plus de 40 kms, le 24 août, poursuivi par les Allemands.
Le régiment prend position à Noyers-Pont Maugis, stoppe l’avancée des Allemands, les 25, 26, 27 août.Le 3ème bataillon est là encore en première ligne à plusieurs reprises. On déplore des morts, des blessés, des disparus.
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| Un campement dans les bois -Le Panorama de la guerre de 1914 |
On suivra les événements sur
NOTES4
Le 29 août, direction le sud : la Saboterie 35 kms. Puis Vaux Champagne et Tourteron 37 kms et retour à Vaux, encore 14 kms,le 30. C'est un peu la panique : bousculade sur les ponts, ordres non reçus.
Le 1er septembre, nouveau repli, "sous une grêle d'obus", jusqu'aux portes de Reims, à Pontfaverger, 42 kms.
Enfin, un long repos le 3 septembre au S E de Reims, à Vaudemange, 30 kms.
Mais à 22h :
Le 4, affrontements avec les allemands, puis direction, le sud : Pocancy à 21 kms.
Le 5, direction Commentray, à 40 kms.
Mais écoutons Jean:
C'est le 30 Août que le Capitaine Maurice Charles Chalumeau est tué. Et c'était à Bulson, au sud de Sedan.
Cité à l'ordre de l'armée : Au combat de Chaumont Saint-Quentin, le 28-8-1914, s'est porté en tête de sa compagnie, le fusil à la main, au moment de l'assaut. Blessé par une balle, a continué d'encourager sa troupe du geste, jusqu'à ce qu'il fut tué d'une deuxième balle. Geneanet
Jean, de nouveau:
Le 6 septembre, le 3ème bataillon est en réserve "à la lisière des bois au S de la route d'Ecury Morains", quand l'artillerie allemande attaque.
Le 7, l'ordre de Foch est donné :
Le 64ème est près d'Ecury, un village au nord de Fère Champenoise.
Toute la journée, la position est tenue. "Le 64è plus heureux, réussit bien à entrer dans Ecury, qu'il occupe avec 2 bataillons, le troisième restant à la lisière des bois. Mais, à peine est-il établi que la canonnade redouble d'intensité et qu'une menace d'attaque se dessine A 13 h, le régiment est éprouvé par le feu ennemi et doit évacuer Ecury devenu intenable, et se replier sur la lisière des bois sur la route Ecury Morains."
."Bivouac sur place dans la forêt.
Jean est fait prisonnier:
T Jousseaume de St Martin des Noyers raconte une histoire tout à fait semblable:
"Quand vers trois heures du matin, on aperçoit des ombres qui se dissimulaient dans le bois.
D’abord nous croyons que c’était nos petits postes qui se repliaient quand tout à coup ça tire sur nous, nous leur défendions de tirer croyant que c’était des Français, mais c’était les Boches qui avaient pris les sentinelles et s’avançaient sur nous.
Ce fût alors une mêlée de hurlements et de coups de fusil, car on était les uns sur les autres et ils s’amenaient en masse, le 293 s’est battu à coups de crosse et il y eût des prisonniers, des blessés et des morts car ce fût une débandade à travers la plaine et les bois.
On utilisait les accidents du terrain comme on pouvait en se sauvant, car ça venait de partout ils cherchaient encore à nous cerner, plus on se sauvait plus les balles étaient nombreuses, là notre capitaine fût tué, heureusement que nous avions d’autres lignes pour les arrêter car ils s’avançaient vite.
Enfin après s’être sauvé comme cela pendant plusieurs kilomètres, le régiment s’est rassemblé, c’est alors qu’il y avait encore beaucoup d’absents près de huit cent dans le régiment, blessés, prisonniers ou morts. Il ne reste plus d’officiers et guère de sous-officiers, c’était le huit septembre que cela se passait, c’était bien dur en ce moment car il fallait faire vite à se sauver avec le ventre vide souvent.
C’était à la Fère-Champenoise."
Les pertes de la journée sont énormes :
Puis, emmenés vers l’arrière par les Allemands, nous fûmes parqués dans un grand pré avec interdiction de se lever, au risque de se faire tuer par les sentinelles. Là nous retrouvâmes d’autres soldats de notre corps d’armée, le 11e, mais aussi ceux du 9e. Nous étions peut-être un millier.
Puis, c'est le départ pour la Belgique.
Le 9 septembre départ pour Bouzy 44 kms à pied.
le 10 départ pour Villers Marmery près de Reims 13 kms.
Le 11, Pont Faverger, 24 kms.
Le 12, Rethel, 30 kms
le 13, Signy l'Abbaye, 31 kms
le 14 Rocroi, 20 kms.
le 15, Mariembourg en Belgique, 22 kms
le 16, Berzée, 14 kms,
A la gare de Berzée, 20 kms au sud de Charleroi, un train : direction Erfurt.
Très tard dans la nuit du 16 au 17 septembre, embarquement. Ils étaient 1000, entassés 60 par wagon.
Patrice Chevrier raconte dans le détail ce voyage éprouvant sur son carnet:
europeana.eu Il faut lire ces deux témoignages:c'est l'histoire de Jean.
Le voyage dura 4 jours et 4 nuits:
Liège
Aix la Chapelle
Cologne
Dusseldorf
Paderborn
ErfurtArrivée des prisonniers à Erfurt
Charles Thomas raconte :
"Il faisait nuit, mais beaucoup de civils allemands étaient présents ; aucun ne fit acte d’hostilité envers nous. Nous fûmes ensuite dirigés dans un camp à proximité de la ville où de grandes tentes avaient été installées en attendant que des baraques en bois fussent construites. »
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