LA SUISSE
Jean
Quelques jours avant le 10 janvier 1917, Jean arrive à Constance, ville allemande à la frontière suisse. La Commission itinérante composée de médecins suisses avait donné son accord, au camp de Lagensalza pour son transfert en Suisse, mais il restait encore la sévère commission de Constance.Ils s'étaient donné le mot: "Fumez, fumez, avalez la fumée... Vous allez être malades, le teint pâle, les nausées. Ça marche à tous les coups..." Jean fumait peu... C'a marché.
« Les commissions itinérantes en Allemagne ont examiné 87.289 prisonniers belges et français, sur lesquels 21.924 ont été proposés pour l'internement, donc 25 0/0. Sur ces 21.924 proposés, 20.880 seulement ont été effectivement internés; donc 4,76 0/0 des proposés a été refusé par la Commission de contrôle de Constance. » https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65583091/texteBrut
Et aussi :
rue des archives/rue des archives/Taillandier Vous saurez tout sur l'internement des prisonniers blessés en Suisse en lisant l'article suivant: |
Walle Marianne, « Les prisonniers de guerre français internés en Suisse (1916-1919) », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2014/1 (n° 253), p. 57-72. DOI : 10.3917/gmcc.253.0057. URL :
Et aussi:
http://doc.rero.ch/record/328563
Le paysage montagneux de la carte postale des foins - ci dessous- le suggère .information suisse), où il y avait un camp d'internés français.
Marianne Valle raconte :
"Ce matin un autre convoi est arrivé : 76 ici ; eh bien, depuis que je suis là, je n’ai jamais vu des malheureux autant à bout que ceux-là : nous avions à peine le courage de les regarder. Les cris qu’habituellement nous lancions à l’arrivée de nouveaux camarades nous sont restés dans la gorge, nous ne le pouvions pas devant tant de misère. Ce sont des squelette s vivants. Même les Suisses de la région, pourtant sympathiques à l’Allemagne, ont eu peine à cacher leur émotion devant ce spectacle."C'est le convoi de Jean...
On le retrouve bien sur l'état allemand N° 56166 aux archives du CICR:
| CICR |
La Sentinelle 17/01/1917 |
Jean est envoyé dans la région de Brienz.
Jean a rapporté cette photo ci-dessous. On le voit "faire les foins", donc juin 1917 avec une famille suisse . Cette photo est une carte postale - pratique très répandue à l'époque - réalisée par le photographe Fisher de Brienz et Bellizona.

| archives familiales |
La petite fille d'Albert Fluck Marlies Mühlemann- sur la photo de la charrette de foin, c'est l'homme devant la vache - nous a confirmé l'endroit exact de la photo.:
![]() |
| C'était ici à Longfeld Brienz. Photo avril 2024 de Marlies Mühlemann |
![]() |
| archives famille Flück |
Jean a rapporté 2 coffrets de Brienz magnifiques, dont une boite à timbres, malle de voyage.A Brienz, il y avait déjà une école de sculpture sur bois.
Il a reçu son équipement :
Il a rapporté aussi une photo d'agriculteurs : Juliette et Louis - nous ignorons leur nom de famille et le lieu de leur ferme chez qui Jean dit avoir passé la première partie de sa période en Suisse soit du 10 janvier au 24 juillet 1917. Mais il ne s'agit pas de la famille Fluck, nous dit la petite fille d'Albert Fluck.
C'est pendant cette période que Jean rencontre Marius keuffer. Marius a 26 ans, sa famille a une ferme à Bremblens, près de Lausanne. Marius est un militaire appelé, chargé de l'encadrement des internés français, et il parle français, quel bonheur!- les gens de Brienz ne connaissent que l'allemand..
Comme beaucoup d'internés français en Suisse, une jeune fille s'est occupée de Jean. Blanche Perret a 17 ans.vit avec sa famille - son père Alfred est une personnalité de Bremblens - dans une ferme voisine. Jean a eu beaucoup d'affection pour cette jeune fille.
On ira voir avec beaucoup d’intérêt la galerie de photos que Philippe Chappuis a publiée sur Notrehistoire.ch:
Il a reçu son équipement :
| Journal des Internés |
Il a rapporté aussi une photo d'agriculteurs : Juliette et Louis - nous ignorons leur nom de famille et le lieu de leur ferme chez qui Jean dit avoir passé la première partie de sa période en Suisse soit du 10 janvier au 24 juillet 1917. Mais il ne s'agit pas de la famille Fluck, nous dit la petite fille d'Albert Fluck.
| Archives familiales |
C'est pendant cette période que Jean rencontre Marius keuffer. Marius a 26 ans, sa famille a une ferme à Bremblens, près de Lausanne. Marius est un militaire appelé, chargé de l'encadrement des internés français, et il parle français, quel bonheur!- les gens de Brienz ne connaissent que l'allemand..
Jean et Marius se lie d'amitié. C'est ainsi que tout naturellement Marius propose à Jean de travailler dans la ferme de sa famille à Bremblens.
| gallica.bnf.fr/ |
| Marius Keuffer - archives familiales |
| Marius Keuffer - archives familiales |
Ce n'était pas à St Imier que Jean fut envoyé, mais à Bremblens.
Le 25 juillet 1917, Jean prend le train, direction Lausanne. Il rejoint la ferme des Keuffer. A cette période, ou peut-être plus tard, Marius est affecté à St Imier - d'où probablement la confusion.
Enfin, après des mois, des années de souffrance, Jean se sent bien dans cette ferme.
Il se fait des amis. Il les a notés sur un petit carnet:
| archives familiales |
Les Chappuis, les Chambaz, les Golaz, les Keuffer, les Perret, les Tavel. On remarquera que l'orthographe des noms est approximative... On trouve, en effet, quelques années plus tard dans le journal de Morges :
Comme beaucoup d'internés français en Suisse, une jeune fille s'est occupée de Jean. Blanche Perret a 17 ans.vit avec sa famille - son père Alfred est une personnalité de Bremblens - dans une ferme voisine. Jean a eu beaucoup d'affection pour cette jeune fille.
Ça ne s'est pas terminé par un mariage, comme bon nombre d'internés en Suisse. Mais Jean n'a jamais oublié. 50 ans ont passé et Jean a ressenti le besoin de renouer avec elle. Avec ses enfants, il partit.... Et elle vint le voir dans son village français.
Blanche s'est mariée avec Walter Blumenstein. Son petit fils est devenu pasteur.
| 07/12/1927 La Gazette de Lauzanne |
On ira voir avec beaucoup d’intérêt la galerie de photos que Philippe Chappuis a publiée sur Notrehistoire.ch:
On y voit de nombreuses photos de Bremblens village, de fermes de Bremblens, de Pierre Auguste Chappuis et de sa femme Suzanne. dans les années 1900, 1920.
Jean a bien connu ce jeune couple....
Il y avait aussi un certain Joseph Favier, un interné comme Jean. Jean n'en a pas parlé. Mais il l'a certainement connu:
Jean Pacreau père et sa femme Marie ont quitté la ferme du Chatelier et sont allés le voir à Bremblens. Joies des retrouvailles après tant de souffrances...
Jean restera là jusqu'au 24 juillet 1918, soit un an et demi.
En mai 1918, Marius n'est pas dans la ferme familiale de Bremblens. Il est toujours mobilisé en service actif, affecté à St Imier. Le 17 Mai 1918 il envoie une lettre à Jean: une photo d'un groupe de militaires suisses. Il est sur la photo (au centre, rangée du haut) et au dos de celle-ci un mot :
| photo colorisée - archives familiales |
Au dos :
| archives familiales |
Il semble bien que ce soit lui que l'on voit sur la photo ci dessous au N° 28 :
Et ici, à Bremblens:
| 3ème à gauche rang du haut - galerie Philippe Chappuis |
avec sa famille. Don de Claude Keuffer, petit fils de Marius le 10 août 2023.
Enfin, le 24 juillet 1918 :
| fiche CICR |
"Parti en convalescence pour 2 mois à Boussay le 28 juillet 1918".





