dimanche 7 novembre 2021

JEAN La Marne

JEAN
1ère partie
la bataille de la Marne

    
Jean en 1914 

Après bien des années, Jean racontait, racontait, pendant des heures, avec force détails, sa guerre. Jean, le fils de Jean a eu la bonne idée de recueillir son histoire.
      

1913 
Cela faisait un an que la famille avait quitté la Paillotière au portes de La Bruffière en Vendée pour une ferme plus grande, au Chatelier sur Boussay, non loin de Clisson. Sur les hauteurs du village, on apercevait de l'autre coté du vallon, le bourg de Torfou et son église toute blanche.
Pour les curieux voir NOTES













Et il y faisait bon vivre. Entouré de ses parents et de ses 6 frères et soeurs (voir NOTES) , Jean avait 21 ans. A cette époque, il travaillait dans un village voisin, chez les Baron à la Morinière.

Le 10 octobre 1913, service militaire à Ancenis, caserne Rohan :



Jean a raconté dans le détail son arrivée à Ancenis, caserne Rohan (voir NOTES)

source :histoire de Groix











Jean père a raconté à Jean fils:




Il racontait aussi que le 2 août, quand le tocsin a sonné, il était tranquillement occupé à faire sa lessive dans la Loire...

Le 2 Aout, le 64ème RI évacue la caserne Rohan et va cantonner en ville afin de faire place au 264ème de réserve.


Il n'y avait là presque que des gars de la région: Loire inférieure et Vendée. Le 65ème  était à Nantes, le 93ème à la Roche sur Yon, le 137ème à Fontenay le comte. 15 gars de Boussay "MORTS POUR LA FRANCE" étaient dans le 64ème. (voir liste NOTES2)




une section du 64ème R.I. à Ancenis en 1914


archives familiales - Jean : à droite sur la photo

D'autres visages du 64ème:NOTES3 




Jean est affecté au 3ème bataillon, 11ème compagnie, Capitaine Chalumeau, avec 240 hommes.





Le 5 août 1914 le 3ème bataillon prend le train en gare d'Ancenis destination Reims à 11 h 09.



"2è élément : départ Ancenis à 11h09 3ème bataillon"
"2è élément : arrivée à Grandpré à 20h30"
Jean arrive à Grand pré, non loin de la Belgique.à 20 h 30, le 6.

Jean racontait:



On peut consulter le journal de marche : voir jounal de marche du 64ème RI (faire la recherche sur le 64ème RI)

Le 9 août : ordre est donné de prendre les positions à Mouzon à 45 kms au nord. Puis Osnes, et Carignan,13 kms, le 15; au portes de la Belgique.
Le dimanche 16 août, départ pour Sedan à 21 kms.
Le 19 août, direction Corbion en Belgique, à 17 kms. Puis, Roche-haut, 9 kms, le 20. Our, le 22, à 20 kms, toujours plus au nord.
C'est la" bataille des frontières", où" la combativité remarquable des troupes du 11e corps, composé de régiments bretons et vendéens." s'est illustrée. Voir: la bataille à Maissin.

Jean était là.

A Our, Les 1er et 3ème bataillon sont en première ligne. Lutte acharnée pour le petit bois du Bolet


voir : la 21 DI
On suivra la suite des événements sur NOTES4

Jean était peut-être assez éloigné. Il ne dit pas grand chose:



Pourtant ce n'était pas qu'une simple escarmouche, quand on lit:



Les 2 bataillons sont : le 1er et le 3ème, celui de Jean.




Charles Thomas du 337ème RI n'était pas loin. Il raconte avec beaucoup de détails:  le carnet oublie

 
Le 11e corps d'armée français bat en retraite le 23 août, abandonnant sur le champ de bataille les morts et les blessés intransportables.
"La grande retraite" Le panorama de la guerre de 1914

Jean, fils de Jean a écrit un texte très émouvant sur cette Grande retraite. Il faut le lire ici :la Grande Retraite

Le 64ème se replie sur la France au sud de Sedan, à plus de 40 kms, le 24 août, poursuivi par les Allemands.
Le régiment prend position à Noyers-Pont Maugis, stoppe l’avancée des Allemands, les 25, 26, 27 août.Le 3ème bataillon est là encore en première ligne à plusieurs reprises. On déplore des morts, des blessés, des disparus.

Un campement dans les bois -Le Panorama de la guerre de 1914


   
On suivra les événements sur NOTES4

Le 29 août, direction le sud : la Saboterie 35 kms. Puis Vaux Champagne et Tourteron 37 kms et retour à Vaux, encore 14 kms,le 30. C'est un peu la panique : bousculade sur les ponts, ordres non reçus.
Le 1er septembre, nouveau repli, "sous une grêle d'obus", jusqu'aux portes de Reims, à Pontfaverger, 42 kms.
Enfin, un long repos le 3 septembre au S E de Reims, à Vaudemange, 30 kms.
Mais à 22h :



Le 4, affrontements avec les allemands, puis direction, le sud : Pocancy à 21 kms.
Le 5, direction Commentray, à 40 kms.

Mais écoutons Jean:
C'est le 30 Août que le Capitaine Maurice Charles Chalumeau est tué. Et c'était à Bulson, au sud de Sedan. 
Cité à l'ordre de l'armée : Au combat de Chaumont Saint-Quentin, le 28-8-1914, s'est porté en tête de sa compagnie, le fusil à la main, au moment de l'assaut. Blessé par une balle, a continué d'encourager sa troupe du geste, jusqu'à ce qu'il fut tué d'une deuxième balle. Geneanet

T Jousseaume de St Martin des Noyers raconte la même histoire : carnet Théophile Jousseaume

Jean, de nouveau:


Le 6 septembre, le 3ème bataillon est en réserve "à la lisière des bois au S de la route d'Ecury Morains", quand l'artillerie allemande attaque.

Le 7, l'ordre de Foch est donné :


C'est la Bataille_des_Marais_de_Saint-Gond, une partie importante de la bataille de la Marne




source :Robert Villate




Le 64ème est près d'Ecury, un village au nord de Fère Champenoise.

Toute la journée, la position est tenue. "Le 64è plus heureux, réussit bien à entrer dans Ecury, qu'il occupe avec 2 bataillons, le troisième restant à la lisière des bois. Mais, à peine est-il établi que la canonnade redouble d'intensité et qu'une menace d'attaque se dessine A 13 h, le régiment est éprouvé par  le feu ennemi et doit évacuer Ecury devenu intenable, et se replier sur la lisière des bois sur la route Ecury Morains."
 ."Bivouac sur place dans la forêt.
Mais à 4 h du matin, le 8, les allemands attaquent. Voir :journal de marche

C'était là:



Jean est fait prisonnier:



T Jousseaume de St Martin des Noyers raconte une histoire tout à fait semblable:

"Quand vers trois heures du matin, on aperçoit des ombres qui se dissimulaient dans le bois.

D’abord nous croyons que c’était nos petits postes qui se repliaient quand tout à coup ça tire sur nous, nous leur défendions de tirer croyant que c’était des Français, mais c’était les Boches qui avaient pris les sentinelles et s’avançaient sur nous.

Ce fût alors une mêlée de hurlements et de coups de fusil, car on était les uns sur les autres et ils s’amenaient en masse, le 293 s’est battu à coups de crosse et il y eût des prisonniers, des blessés et des morts car ce fût une débandade à travers la plaine et les bois.

 On utilisait les accidents du terrain comme on pouvait en se sauvant, car ça venait de partout ils cherchaient encore à nous cerner, plus on se sauvait plus les balles étaient nombreuses, là notre capitaine fût tué, heureusement que nous avions d’autres lignes pour les arrêter car ils s’avançaient vite.

 

Enfin après s’être sauvé comme cela pendant plusieurs kilomètres, le régiment s’est rassemblé, c’est alors qu’il y avait encore beaucoup d’absents près de huit cent dans le régiment, blessés, prisonniers ou morts. Il ne reste plus d’officiers et guère de sous-officiers, c’était le huit septembre que cela se passait, c’était bien dur en ce moment car il fallait faire vite à se sauver avec le ventre vide souvent.

C’était à la Fère-Champenoise."


Les pertes de la journée sont énormes :



Le sergent-Charles-Thomas raconte exactement ce que Jean a vécu quand il fut fait prisonnier:

Puis, emmenés vers l’arrière par les Allemands, nous fûmes parqués dans un grand pré avec interdiction de se lever, au risque de se faire tuer par les sentinelles. Là nous retrouvâmes d’autres soldats de notre corps d’armée, le 11e, mais aussi ceux du 9e. Nous étions peut-être un millier.

Puis, c'est le départ pour la Belgique.

Le 9  septembre départ pour Bouzy 44 kms à pied.
le 10 départ pour Villers Marmery près de Reims 13 kms.
Le 11, Pont Faverger, 24 kms.
Le 12, Rethel, 30 kms
le 13, Signy l'Abbaye, 31 kms
le 14 Rocroi, 20 kms.
le 15, Mariembourg en Belgique, 22 kms
le 16, Berzée, 14 kms, 

A la gare de Berzée, 20 kms au sud de Charleroi, un train : direction Erfurt.

Très tard dans la nuit du 16 au 17 septembre, embarquement. Ils étaient 1000, entassés 60 par wagon.

Patrice Chevrier raconte dans le détail ce voyage éprouvant sur son carnet: europeana.eu
Il faut lire ces deux témoignages:c'est l'histoire de Jean.







   


Le voyage dura 4 jours et 4 nuits:
Liège
Aix la Chapelle
Cologne
Dusseldorf
Paderborn
Erfurt
Arrivée des prisonniers à Erfurt




Charles Thomas raconte
"Il faisait nuit, mais beaucoup de civils allemands étaient présents ; aucun ne fit acte d’hostilité envers nous. Nous fûmes ensuite dirigés dans un camp à proximité de la ville où de grandes tentes avaient été installées en attendant que des baraques en bois fussent construites. »








                                            La suite :    2ème partie : ERFURT

















samedi 6 novembre 2021

JEAN Erfurt

 

https://1914-18.be/2016/03/26/le-camp-derfurt/

Un article dans l'édition du journal "Le matin" du 17 mai 1915 nous apporte quelques informations sur la vie dans les camps de prisonniers:


Pierre raconte:                                                                                            le blog d Pierre

LE CAMP D'ERFURT


Une chambrée bien propre,... pour la photo:












Jean se souvenait. Il racontait à sa manière :
Le plan du camp:


en maquette 














La Gazette des Ardennes, journal pro allemand, diffusé en France a publié pendant les années de guerre, des listes de prisonniers français dans les différents camps allemands. Il s'agissait d'informer les familles.
En cherchant bien, on a trouvé le 30 Novembre 1916:


Son nom est un peu modifié, mais c'est bien lui.
Sur ce document nous voyons qu'il est entouré de ses camarades du 64è RI, que des "pays", des gars de la Loire inférieure et de la Vendée. On était un peu "en famille". Il y avait là Pierre Chiron et Baptiste Loizeau que Jean connaissait bien.
Ci-joint une liste des prisonniers du 64è RI prisonniers à Erfurt : Prisonniers à ERFURT

Scènes de vie au camp d'Erfurt : blanchisserie cordonnerie, bibliothèque, tennis, poterie, atelier russe


Puis, Jean nous dit:

Il s'agit plutôt d'Oldisleben à 33 kms au nord d'Erfurt:  voir                plan


Un charmant village, vers 1900.....
Et une terrible mine de potasse.....



https://commons.wikimedia.org/wiki/File:10808-Oldisleben-1909-Kalifabrik_Gro%C3%9Fherzog_Wilhelm_Ernst,_Poststra%C3%9Fe,_Hinzeplatz-Br%C3%BCck_%26_Sohn_Kunstverlag.jpg

Wikiwand nous dit:
"Les deux puits désaffectés de l' Union des usines de potasse du grand-duc Wilhelm Ernst (Sachsen-Weimar-Eisenach) sont situés immédiatement à l'ouest d' Oldisleben , un quartier d' An der Schmücke dans le Kyffhäuserkreis de Thuringe. Vous êtes dans l'ancien quartier de l'"Exclave Oldisleben" 

"Le 9 décembre 1905, le fonçage du puits Großherzog Wilhelm Ernst I (également connu sous le nom de puits Möllendorf) commence ; sa profondeur finale de 595 m est atteinte au bout de trois ans. Le deuxième puits, le puits Großherzog Wilhelm Ernst II (également connu sous le nom de puits Hainthal), est situé à environ 1325 m à l'ouest du puits I. Il n'a été coulé que sept ans plus tard, le 6 novembre 1912. Sa profondeur finale de 621 m a été atteint au début de 1914. la récupération de la carnallite et du sel dur a été faite à partir de 1908. la méthode d' exploitation minière était la chambre et le pilier-Procédure. Les sels extraits étaient traités dans la propre usine de potasse du syndicat, à laquelle un téléphérique menait."
 * les contributions pour une bonne traduction de l'allemand sont les bienvenues


parle d'une machine :


On en apprendra encore plus en consultant wikiwand :        la mine de potasse d'Oldisleben

On peut voir l'entrée du puits aujourd'hui ici                         le-puits-d'oldisleben
 
Nous n'avons pas de photos de l'intérieur de la mine. Mais une autre mine, à Sonderhausen - 30kms - est ouverte au public.   Allez voir;                        
                 Sonderhausen



Jean parlait d'un camp de "Représailles", "Punition collective".

Le travail était très pénible et les prisonniers  - non qualifiés.
D'anciens mineurs racontent:


Au fond d'une mine de potasse en France en 1912 : lalsace.fr

lalsace.fr


La Croix rouge a pu inspecter quelques mines, Leurs rapports sont alarmants. La presse de l'époque en a fait l'écho :pire que les usines.
La dépêche du Berry, le 6 juin 1916 :




Jean a vécu cela, pendant plus d'un an (1915 - avril 1916).


Un homme solide, Jean.

Sur le rapport de MM Blanchod et Speiser :                     Le traitement des prisonniers français en allemagne

Et, le 28 avril 1916, la galerie où il travaillait s’effondre:


Jean, pas très bavard:

Heureusement, il a donné à ses proches des détails :
"Le toit de la galerie s'est effondré. Des blocs de roche sont tombés sur le sol. Un bloc est tombé sur ma jambe gauche. Je me suis évanoui. On m'a raconté que les secours sont arrivés plus tard, m'ont vu inanimé, m'ont cru mort et sont repartis. Ce n'est que beaucoup plus tard..."

le diagnostic est sans appel : fracture du fémur gauche. Le chirurgien a raccourci la jambe de 5 centimètres.


La réalité c'était ça;


https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k607113x/f1.textePage.langFR

Et ça :



http://jpbro.unblog.fr/2017/12/07/les-prisonniers-de-guerre-francais-en-allemagne

Il fut évacué au lazaret d'Erfurt:    Reservelazarett 1 ( à l'intérieur du camp)
On le voit ici probablement à l'extérieur du lazarett du camp d'Erfurt.


archives familiales


Puis transféré à l’hôpital royal militaire de réserve I Erfurt, une maison de convalescence.
C'est très certainement ici:




Et c'est peut-être là que la photo ci-dessous a été prise. Où on voit Jean au centre О

archives familiales

Et peut-être ici aussi:

archives familiales

Il y côtoya des soldats allemands:


Voir aussi:                           photo Kônigl Reservelazarett Erfurt

Puis, Jean nous dit qu'il fut envoyé 

http://www.genealogie-bazadais.fr/Langensalza.htm

le blog de Pierre

Médecins du camp
http://www.genealogie-bazadais.fr/Langensalza.htm


 La vie y était là aussi difficile. On a rapporté:


Il y restera jusqu'à son transfert en Suisse le 10 janvier 1917.

Prochain article ; La Suisse